Revolutionary Road : Noces funèbres

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Au bord du quotidien, l’abîme.

Qui prétend encore que la tragédie, noble et spirituelle, se passe des nécessités domestiques ? Depuis que les femmes au foyer rêvent et désirent, les cœurs s’évident sur un vaisselier, un sourire se froisse sur une nappe dressée et un héritage encombrant gît dans une panière à linge… Quand les desperate housewives condensent pour le petit écran ces ingratitudes claustrophobes que la routine dépose à domicile, le cinéma s’est déjà prêté au jeu. Sans remonter loin : The Hours. Mrs Dalloway arrange un bouquet dans sa cuisine et ses sanglots sous-verre ne tardent pas à éclore.

Au masculin, Sam Mendes parle aussi à sa façon de ces féminités écorchées. Du fin fond d’un évier briqué, il remet le couvert avec ses Noces Rebelles et repeuple le pavillon d’American Beauty. Seulement, au lieu de surcharger sa mise en scène d’échappées oniriques, il reste quotidien. En vidant l’espace des encombres du montage, en jouant sur la complicité hors-pair du couple vedette, en travaillant sur le contrepoint sonore, en enrobant le tout d’effusions efficaces, la tragédie s’invite doucement, sobrement. Une cafetière qui s’agite trop bruyamment, une main nerveuse qui pelle une pomme de terre, un œuf brouillé choisi le matin, une serviette étalée sur le sol d’une salle de bain sont autant d’indices d’une perte de soi. Kate Winslet la porte avec fougue et péril. A cela s’ajoute une dérobade feutrée que toute bienséance exige de la tragédie.

Sam Mendes sait définitivement jouer avec le genre. Les Noces Rebelles son maîtrisées, sans le classicisme facile que certains lui reprochent, sans la notoriété acquise de son casting. A aucun moment, le fantôme de Titanic ne plane sur ce film, si ce n’est, les analogies qu’on veut injustement lui arracher.

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