Shutter Island, l’île aux images

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Toute image a son mirage : passé (souvenir), pas encore là (avenir) ou pas vraiment là (avatar). Dans ce tournoiement visuel porté par le cumul des époques, par l’invasion des écrans, les regards n’auraient presque pour repères qu’hallucinations permanentes. Ce mille-feuille de la vision, Martin Scorsese le démonte sans garde fou dans Shutter Island. Son îlot est plein des coffres de sa cinéphilie, mais aussi des péripéties schizophrènes de son personnage. Au terminus, le spectateur est repu, il ne lui reste plus qu’à rêver, supputer, élaborer ses propres images.

S’il est cinéphile, il partira à la chasse aux références. De l’âge d’or hollywoodien aux vertiges hitchcockiens en passant par les dissonances kubrickiennes, la nouvelle vague française, jusqu’aux récents films d’horreurs, les citations abondent, s’enchaînent, s’intercalent avec réflexion, rythme et virtuosité. Scorsese connaît son outil et mobilise ses classiques avec la gourmandise d’un enfant du cinéma.

Mais ce qui est intéressant à prendre en compte dans cette cueillette aux images revisitées, c’est le point de vue complètement nu du non cinéphile. Sans regard critique, sans références anticipatoires, sans le tournoiement visuel de l’érudit, que lui reste-t-il à voir ? Eh bien, le même casse-tête imagier que le cinéphile qui guette la citation, mais seulement du point de vue de l’intrigue, et surtout du personnage.

Apologie des reprises, discours sur l’impossibilité de contourner les références, d’abolir la vision éclatée d’aujourd’hui, le dernier Scorsese ne se mord cependant pas la queue. Prenons ce plan de fin : un tapis de mer, un phare qui s’élève, finesse et clarté du trait, verticalité sur horizontalité. Mathématique. Propre. Tout ça pour ça. Le chaos d’images se clôt ainsi, la vision du héros a repris ses droits sur un paysage aussi convenu qu’une carte-postale. Le twist scorsesien a l’art d’apaiser la vision et nous laisse alors, défaits de tous ces méandres, avec cette seule image d’une collaboration féconde entre un cinéaste et un comédien.

L’Échange : du grand Eastwood et une bouleversante Jolie

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L’Échange, c’est l’histoire de Christine Collins, mère célibataire en 1928, qui subit l’enlèvement de son enfant. La police de Los Angeles, après 5 mois d’enquête, lui ramène, triomphante, un garçon… qui n’est pas le sien. Je ne vous en dis pas plus, les rebondissements sont tellement nombreux et surprenant qu’on a du mal à croire qu’il s’agit… d’une histoire vraie.

C’est un vrai drame que nous raconte Clint Eastwood, le vieux cow-boy reconverti en réalisateur. On se doute bien que certains détails sont un peu romancés pour coller à l’esprit des toiles hollywoodiennes, mais l’histoire réelle est tellement incroyable que le scénario de film était déjà tout trouvé.

Vous aviez connu Angelina Jolie dans “Tomb Raider” ? Transformation totale ! Elle campe parfaitement le femme des années 20 battante, désespérée, boulversée et bouleversante, et confirme qu’elle est définitivement une grande actrice.

Vous ne sorterez pas indifférent de L’Échange (vu en Version Original, c’est encore mieux, avec l’excellent Malkovitch), qui vaut largement le prix d’un billet. Bonne scéance !

L’Échange, de Clint Eastwood, sorti le 12 novembre 2008, avec Angelina Jolie et John Malkovitch, 2h21.

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