L’Autre Rive de Giorgo Ovashvili

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Il ne suffit pas de jouer à l’enfant pour émouvoir. Je me dresse ainsi contre une bande-annonce qui me parvient ces jours-ci. J’y vois des gosses qui se veulent touchants par le simple fait d’être gosses et de séduire le public au service d’un contenu qui se veut grave. Le cinéma français ne comprend pas que l’émotion transite ailleurs. Tant pis pour lui, il devrait regarder plus attentivement l’opacité troublante de ce gamin qui louche : Tedo, il s’appelle. A douze ans, à la recherche de son père, il regagne son pays natal, l’Abkhazie, quand la guerre sévit encore en Géorgie.

Ce n’est pas tant l’argument du fiston à l’abandon qui donne sa puissance au film mais son inscription dans un paysage trop vaste pour lui, sa rencontre avec des êtres porteurs de bonté ou de menaces, cette idée fixe marquée sur son visage. Présence nette, frontale, qui ne laisse rien filtrer, sinon le but qu’elle s’est donnée d’atteindre ; là chemine Tedo, face/profil, yeux serrés sur un rêve, démarche du fonceur ou de celui qui fait semblant de ne ni entendre ni parler pour échapper à la vigilance des autres. On pourrait dire de lui qu’il s’est trop tôt endurci, qu’il en a oublié sa fragilité d’enfant.

Que l’on se détrompe et c’est là que le réalisateur, Giorgo Ovashvili, trouve chez son petit acteur une grande justesse de jeu : un léger entrebâillement de la bouche et Tedo sourit pour la première fois à cette femme qui lui inspire confiance. Qu’un timide sourire soit à ce point un évènement, où chercher davantage la grâce que dans l’éclaircie d’un visage ?

Puis, la fragilité se creuse encore, jusqu’à la crise de larmes et l’élan désordonnée de la danse finale. La cuirasse se fend par endroit et le cinéaste a tenté, à l’image de ces espaces blessés, d’être attentif à la moindre fissure d’un personnage qui, à défaut d’être un enfant, ne joue jamais à l’être.

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