Shutter Island, l’île aux images

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Toute image a son mirage : passé (souvenir), pas encore là (avenir) ou pas vraiment là (avatar). Dans ce tournoiement visuel porté par le cumul des époques, par l’invasion des écrans, les regards n’auraient presque pour repères qu’hallucinations permanentes. Ce mille-feuille de la vision, Martin Scorsese le démonte sans garde fou dans Shutter Island. Son îlot est plein des coffres de sa cinéphilie, mais aussi des péripéties schizophrènes de son personnage. Au terminus, le spectateur est repu, il ne lui reste plus qu’à rêver, supputer, élaborer ses propres images.

S’il est cinéphile, il partira à la chasse aux références. De l’âge d’or hollywoodien aux vertiges hitchcockiens en passant par les dissonances kubrickiennes, la nouvelle vague française, jusqu’aux récents films d’horreurs, les citations abondent, s’enchaînent, s’intercalent avec réflexion, rythme et virtuosité. Scorsese connaît son outil et mobilise ses classiques avec la gourmandise d’un enfant du cinéma.

Mais ce qui est intéressant à prendre en compte dans cette cueillette aux images revisitées, c’est le point de vue complètement nu du non cinéphile. Sans regard critique, sans références anticipatoires, sans le tournoiement visuel de l’érudit, que lui reste-t-il à voir ? Eh bien, le même casse-tête imagier que le cinéphile qui guette la citation, mais seulement du point de vue de l’intrigue, et surtout du personnage.

Apologie des reprises, discours sur l’impossibilité de contourner les références, d’abolir la vision éclatée d’aujourd’hui, le dernier Scorsese ne se mord cependant pas la queue. Prenons ce plan de fin : un tapis de mer, un phare qui s’élève, finesse et clarté du trait, verticalité sur horizontalité. Mathématique. Propre. Tout ça pour ça. Le chaos d’images se clôt ainsi, la vision du héros a repris ses droits sur un paysage aussi convenu qu’une carte-postale. Le twist scorsesien a l’art d’apaiser la vision et nous laisse alors, défaits de tous ces méandres, avec cette seule image d’une collaboration féconde entre un cinéaste et un comédien.

Mary and Max, film d’animation d’Adam Elliot

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Pixar en figure de proue, la qualité des films d’animation n’est plus à prouver. Certains se sont agréablement distingués par leur finesse visuelle, préférant à la parole le langage des images, car la matière s’y prête largement : de distorsions en univers bric-broc, de personnages ciselés au gadget près, le film d’animation fonctionne comme une réaction en chaîne où il suffit de s’appesantir sur une seule de ses désarticulations afin que jaillisse le moindre petit boulon d’évènement.

Wall E, summum de l’écurie Lasseter où plus proche de nous, Sylvain Chomet et son sens muet de la répartie, qu’elle soit en 3D, dessin naïf ou patte à modeler, l’animation gagne à ne pas forcer sur ses répliques. Mais le tour de main du cinéma, c’est aussi de montrer que l’on peut être très bavard sans dire un mot. Et il aura fallu qu’une patte à modeler australienne nous le rappelle, à juste titre, composant sa fresque animée autour de deux loosers qui entretiennent une relation épistolaire relayée par les voix off de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman et Barry Humphries en tant que narrateur.

L’univers sonore – vocal et musical précisons – est un atout maître lorsqu’il s’agit de contrepointer la gravité et jouer si fin, comme c’est le cas ici, avec les dépressifs de ce monde où les rires sont des grimaces et où les angoisses n’ont jamais été aussi bien ouvragées que chez Mary and Max. Mention spéciale de ce fait au compositeur, dont le refrain pianoté nous tire du puits où l’on s’étouffait avec les personnages, et relance l’offensive optimiste jusqu’au céleste dénouement.

Woodstock, 40 ans après

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Hommage à CCR

Ma journée d’hier fut totalement improvisée mais fut l’occasion de célébrer, du début à la fin, le quarantenaire du festival de Woodstock, Woodstock Music and Art Fair.

Taking Woodstock

A l’instar du film-documentaire éponyme (Wadleigh & Scorsese - 1970), Taking Woodstock (Lee - 2009) retrace la folle aventure du célèbre festival hippie qui a rassemblé, à la mi-août 1969, près de 500 000 personnes dans des champs situés à une cinquantaine de kilomètres de Woodstock, pour trois jours “de paix et de musique”.

Mise à part la découverte de l’envers du décor, le film m’a laissé une impression de pas assez. Pour moi, cette “comédie contemplative” (Libération) n’a pas su approfondir les différentes pistes qu’elle a esquissées tout du long : la personnalité intéressante d’Elliot Landy, la relation tumultueuse qu’il a avec ses parents, le personnage intrigant de Michael Lang, le déroulement des concerts et l’impression des artistes dans cette ambiance hippie… sont autant de points qu’il me semblerait important de creuser, ou au contraire de ne pas aborder du tout pour ne pas perturber ce qui a été agréable à découvrir : l’organisation puis les allusions aux anecdotes de l’événement (l’annulation de Bob Dylan, le temps orageux et les installations électrifiées) ou bien le contexte historique (la peur autour du mouvement hippie, l’omniprésence des policiers, la guerre du Viêt Nam) par exemple.

Hommage à Creedence Clearwater Revival

Le Sunset, boîte de jazz située près des Halles, a consacré une soirée au festival en rendant hommage à Creedence Clearwater Revival. Ce groupe de rock avait joué à Woodstock le samedi devant des centaines de milliers de jeunes. Au micro 40 ans après et à Paris, Siméo. Une heure et quart pendant laquelle il joue en acoustique des reprises de CCR façon-Neil-Young-parce-que-Fogerty-a-une-voix-inchantable-et-que-Young-est-mon-maître, des reprises de Neil Young directement (parce que Crosby, Stills, Nash & Young) et des chansons de son répertoire (son troisième album sort dans quelques semaines).

Excellent moment dans la cave du Sunset/Sunside, simple, drôle et intime.

Coco avant Chanel, quelques impressions

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Coco avant Chanel

Je n’ai pas aimé l’histoire d’amour tellement cliché, alors qu’elle promettait d’être différente grâce au caractère des deux amants (mais on ne réinvente pas l’histoire, n’est-ce pas ?). Je n’ai pas aimé l’ellipse temporelle entre la mort de Boy Capel et le grand défilé, qui ne permet de comprendre ni la transition entre la Coco “d’avant” et la Coco “d’après”, ni son ascension dans l’univers de la mode. Je n’ai pas du tout aimé Emmanuelle Devos.

Pourtant, j’ai aimé l’importance donnée aux regards. J’ai aimé les cernes de Gabrielle, l’absence de maquillage (ou le maquillage d’un visage sans maquillage). J’ai aimé Audrey Tautou, sa malice, son charme, son jeu. J’ai aimé sourire à m’en décrocher la mâchoire quand je l’ai entendue chanter dans le beuglant. J’ai aimé Benoît Poelvoorde, excellent dans le rôle d’Etienne Balsan, lourdingue attendrissant. J’ai aimé les habits de la Coco paumée mais revendicatrice. J’ai aimé son histoire, son féminisme et ses failles. J’ai aimé ses mensonges, sa franchise et sa maladresse. J’ai aimé Coco avant Chanel.

Wanted : l’adaptation du comic book vers le film

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Certes, ces sorties ne sont pas toute fraîches. Le comic book original Wanted, de Mark Millar et J.G. Jones, est paru en 2003, le film Wanted : Choisi ton destin, réalisé par Timur Bekmambetov, est sorti en 2008. Je n’avais pris connaissance d’aucune des deux réalisations, et j’ai eu l’opportunité de lire le comic book. Alors évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de voir le film la semaine d’après. Petite comparaison

Le synopsis est commun… plus ou moins. L’histoire commence dans les deux cas avec la présentation de Wesley Gibson, petit comptable à la vie triste et raté. Un jour, on essaye de le tuer, et il est enlevé par la “jolie” Fox (notez, humour). Le tronc commun s’arrête quasiment là.

Dans le comic, nous parlons d’une organisation de super-héros méchants, ayant détruit les vrais super-héros, et vivant dans un univers parallèle, n’ayant aucun scrupule à tuer, piller, violer. Le violence est omniprésente. Plusieurs branches de l’organisation existent, et se disputent le contrôle de la planète. Le grand méchant de l’histoire est Mister Rictus, un super méchant. Qui a assassiné le père de Wesley, jadis un grand super-méchant ? Il est entraîné pour prendre la relève, et trouver une réponse à cette question.

Dans le film, l’organisation est une sorte de troupe de mercenaire, qui, si ils arrivent à faire dévier les tirs de leurs balles, n’ont rien de super-héros (quant aux super-costumes, n’en parlons même pas). L’assassin du père de Wesley est tout de suite identifié.

L’homme à la tête de l’organisation que Wesley intègre n’a rien du professeur dont le comic parle. Le retournement scénaristique du film n’a rien à voir avec celui du comic. Les 110 minutes du film sont beaucoup plus édulcorées : dans le comic, les héros étaient de vrais méchants, qui tuaient pour le plaisir.

Bref : même si la morale reste à peu de choses prêt la même, les deux trames sont étonnamment complètement différentes l’une de l’autre. L’univers du comic book est beaucoup plus sombre, beaucoup plus trash, alors que le film mise plus sur l’action (bien qu’elle ne soit pas absente du comic, loin de là).

Il est dommage de devoir détourner une œuvre de cette manière pour l’adapter au plus grand nombre et faire le plus gros chiffre d’affaire. Le film se contente de se classer dans la catégorie “action”, alors que le comic se permet d’aller plus loin dans ses idées, son univers, et pousse à la réflexion. Les deux sont donc à lire et voir, car ce sont de bons divertissements, mais ils n’ont clairement pas les mêmes objectifs.

Yes Man : Jim Carrey au sommet de sa forme !

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Jim Carrey est certes le clown grimaçant de The Mask ou de Ace Ventura, mais il est aussi l’acteur touchant de Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou du Truman Show. Dans son dernier film, Yes Man! de Peyton Reed (premier film de ce réalisateur), Jim Carrey nous fait le plaisir de combiner les deux rôles.

Le pitch : Carl (notre bon Jimmy), simple employé de banque, a une vie médiocre et s’enfonce dans un cercle vicieux : il sort peu, reste dans son train-train quotidien et refuse toutes les opportunités pour sortir de cette routine qui s’offrent à lui. C’est la rencontre d’un vieil ami qui lui conseille un changement de vie radical qui va tout faire basculer : désormais, dès que quelqu’un lui proposera quelque chose, que ce soit un clochard lui demandant son téléphone, sa voisine octogénaire lui proposant une gâterie ou un distributeur de trac lui proposant un concert de bizarre-métal, sa réponse devra être OUI !

Carrey saute ainsi de son rôle de quadragénaire divorcé dépressif à celui d’heureux hippie vivant sa vie au jour le jour. Servi par un casting enthousiaste (dont le manager raté de Flight of the Conchords, idéal), Yes Man! reste un film taillé sur mesure pour Jim Carrey qui lui donne toute son âme.

Un bon divertissement, 1h43 pendant lesquelles on ne s’ennuie pas. A voir à la fin, le superbe générique respectant tous les standards graphiques du moment.

Two Lovers : un amour impossible

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En un mot : bouleversant. Et dire que c’est le dernier rôle de Joaquin Phoenix, qui a décidé de se retirer du monde du cinéma… L’histoire d’un amour impossible, des moments aussi tristes qu’éblouissants, un jeu très juste de la part des acteurs…
Quelle merveilleuse idée d’avoir donné ce rôle à Isabella Rossellini, que l’on devrait appeler le fantôme d’Ingrid Bergman !

Mais revenons aux acteurs principaux, dont l’histoire et les personnages nous rappellent vaguement Match Point de Woody Allen.

Une blonde (Gwyneth Paltrow) fascine l’homme du film (Joaquin Phoenix), qui est à la fois pris par une histoire d’amour arrangée avec la fille d’amis de ses parents (Vinessa Shaw). Par une souffrance trop présente issue de son passé, il va être embarqué par l’amour presque écrasant pour cette fille débarquée de nulle part… Pour le reste, je vous invite très vivement à aller voir le film.

Bien que l’affiche du film ressemble à celle d’une comédie américaine basique sans intérêts, James Gray a fait fort, très fort.

  • Auteur : Béa
  • Date : 17/11/2008
  • Rubrique : Cinéma
  • Commentaires : 1

Bond, James Bond

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Malgré mon titre peu original, j’ai trouvé ce volet de James Bond très en retrait par rapport aux anciens. Certes, je ne les ai pas tous vu, mais nous avons tous en mémoire l’image d’un homme sûr de lui, rusé, qui ne rate jamais son coup, ou du moins qui se rattrape à chaque fois.

Dans Quantum Of Solace, le blondinet Bond est seul, terriblement seul. Il n’agit qu’en fonction du passé, qui ne lui évoque que de la souffrance. Alors il se venge, beaucoup. Trop. Il tue, sans raisons. Il s’agit là d’une facette souvent cachée des “super héros”, car finalement moins on l’aperçoit, plus il y a de magie. Mais aujourd’hui, les hommes aux super pouvoirs ne suffisent plus à transmettre du rêve. Bref, vous l’aurez compris, ce James là n’en a pas fini avec son temps, très dur à vivre ces temps-ci.

Et ne vous inquiétez pas, pour les friands de bagarres et d’explosions : elles y sont ! Ah oui, et les James Bond Girls. Ben oui, y’en a deux même. Et Amalric est divin dans le rôle du méchant qui veut tuer l’environnement.

Mais alors, le moment où la magie opère plus que jamais : la musique du générique du début. Jack White et Alicia Keys, “Another way to die“. Il faut juste l’écouter. La soul d’Alicia Keys pimentée par le garage blues de Jack White… Mamamia.

Séraphine, fine fleur du cinéma français

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Bref rappel de l’histoire :
En 1912, le collectionneur allemand Wilhelm Uhde, premier acheteur de Picasso et découvreur du douanier Rousseau, loue un appartement à Senlis pour écrire et se reposer de sa vie parisienne. Il prend à son service une femme de ménage, Séraphine, 48 ans. Quelque temps plus tard, il remarque chez des notables locaux une petite toile peinte sur bois. Sa stupéfaction est grande d’apprendre que l’auteur n’est autre que Séraphine. S’instaure alors une relation improbable entre le marchand d’art visionnaire et l’humble femme de ménage dont tout le monde se moque…

C’est une histoire incroyable et improbable qu’a réalisée Martin Provost, et l’a très bien fait. L’image est superbe, les paysages sublimes et le jeu des acteurs extrêmement juste. Tout est subtilement mené, l’ambiance étrange et légèrement dérangeante reste tout le long du film, pas une seule note de faiblesse.


Sans parler du personnage intrigant qu’est Séraphine, cette femme de ménage pauvre et guidée par la foi, qui pense que « Monsieur se moque » lorsque Wilhelm est fasciné par son talent. C’est une femme amoureuse de la nature qui n’a pas reçu d’éducation, qui ne connaît pas la politesse et se montre maladroite avec les autres. Les ménages lui prennent tout son temps, mais son ange gardien lui a ordonné de peindre. Alors elle peint. Elle trouve les couleurs, les matières où elle peut, et elle peint, habitée par sa croyance religieuse, qui va lui faire faux bond une fois son talent reconnu.

Yolande Moreau est extraordinaire. Il n’y avait qu’elle pour interpréter Séraphine. C’est d’ailleurs très regrettable de ne pas la voir plus souvent au cinéma, en rôle principal.

Autre chose, mais pas des moindres : la bande annonce respecte parfaitement le film, pas de déception de ce côté-là. Plutôt rare n’est-ce pas ?

Bref, un très beau film qui remonte le niveau de notre cher cinéma français actuel. Certes, Séraphine entre dans la liste des fameuses biopics qui ne cessent de se développer, mais croyez-moi, celle-ci n’entre pas dans le caractère commercial et oscarisé de certaines.
A voir bon sang, à voir !

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