
Pixar en figure de proue, la qualité des films d’animation n’est plus à prouver. Certains se sont agréablement distingués par leur finesse visuelle, préférant à la parole le langage des images, car la matière s’y prête largement : de distorsions en univers bric-broc, de personnages ciselés au gadget près, le film d’animation fonctionne comme une réaction en chaîne où il suffit de s’appesantir sur une seule de ses désarticulations afin que jaillisse le moindre petit boulon d’évènement.
Wall E, summum de l’écurie Lasseter où plus proche de nous, Sylvain Chomet et son sens muet de la répartie, qu’elle soit en 3D, dessin naïf ou patte à modeler, l’animation gagne à ne pas forcer sur ses répliques. Mais le tour de main du cinéma, c’est aussi de montrer que l’on peut être très bavard sans dire un mot. Et il aura fallu qu’une patte à modeler australienne nous le rappelle, à juste titre, composant sa fresque animée autour de deux loosers qui entretiennent une relation épistolaire relayée par les voix off de Toni Collette, Philip Seymour Hoffman et Barry Humphries en tant que narrateur.
L’univers sonore – vocal et musical précisons – est un atout maître lorsqu’il s’agit de contrepointer la gravité et jouer si fin, comme c’est le cas ici, avec les dépressifs de ce monde où les rires sont des grimaces et où les angoisses n’ont jamais été aussi bien ouvragées que chez Mary and Max. Mention spéciale de ce fait au compositeur, dont le refrain pianoté nous tire du puits où l’on s’étouffait avec les personnages, et relance l’offensive optimiste jusqu’au céleste dénouement.
