Tati à la Cinémathèque - “Deux temps, trois mouvements”

Mots-clé : , , ,

tati_cinematheque

Le cinéma de Tati, c’est une attention de l’œil obtenue par l’ouï

Prenez un plan large où différentes actions se superposent, s’entremêlent, se gênent même. Que regarder dans cette pluralité de signes et de figures ? A coup de zooms sonores, Tati nous donne la réponse et guide pas à pas l’œil sur ce qu’il ne pourrait discerner sans un bruit repérable. Ainsi de cette activité grouillante au début de Playtime où un aéroport tout de plexiglas accueille des silhouettes en transhumance. Qui aurait cru qu’une étiquette remuante, dépassant de la valise d’un personnage, attirerait un instant les regards ?

Par petites touches, Tati est un poète de l’attention. Il aura inspiré les plus grands : David Lynch ou Paul Thomas Anderson lui doivent beaucoup et ne s’en cachent pas. Il était normal qu’à une époque où l’hémorragie (audio) visuelle affaiblit la vigilance du regard, la Cinémathèque Française rende hommage au cinéaste.

Au menu : rétrospective, atelier jeune public, exposition… quelques jour de fêtes au musée Langlois.
Durée : du 8 avril au 3 août 2009
Plus d’informations : La Cinémathèque française

IVRY GITLIS, LE VIOLON SANS FRONTIERES : Un documentaire de Sandra Joxe, Arte

Mots-clé : , ,

ivry21

Il est là, alerte, chemise rouge au vent, hissant son violon au-dessus d’un désert slave : une giclée de vie sur une toile âpre, calcaire, immense.

Ivry Gitlis, c’est un peu ça : des gestes bouffants, la verve parfaite, le mot juste et tordant, la grimace torve des grands observateurs, un peu comme le roublard Ben Kingsley du Oliver Twist polanskien. Ivry n’arrête pas, mais que cherche-t-il, sinon la paix silencieuse qui bruit au fond de son enfance, dans la lumière blanche d’une oasis dépeuplée ?

La documentariste Sandra Joxe, aussi cinglante qu’un archer à la caméra, coupe, découpe dans la mémoire du violoniste, des coups de sang fabuleux. Entre enregistrements virtuoses, retour au pays, digressions habiles d’un sacré personnage, elle s’octroie au cadre une liberté visuelle à la mesure de l’homme qu’elle y emprisonne, consciente aussi, qu’un format d’une heure est trop peu donné à la mélodie d’une vie. Une vie qui n’est jamais finie, tant le recommencement, l’envolée, guette le plan qui va suivre.

Peut-on y voir un fourre tout sans gêne, ou une audace à encourager ? Lorsque Sandra Joxe, à la première du film, vous dit que la liberté à la télévision c’est plutôt l’exotisme, tel Ivry Gitlis dans une dernière révérence au silence, on saluera le geste.

Revolutionary Road : Noces funèbres

Mots-clé : , ,

noces-rebelles2

Au bord du quotidien, l’abîme.

Qui prétend encore que la tragédie, noble et spirituelle, se passe des nécessités domestiques ? Depuis que les femmes au foyer rêvent et désirent, les cœurs s’évident sur un vaisselier, un sourire se froisse sur une nappe dressée et un héritage encombrant gît dans une panière à linge… Quand les desperate housewives condensent pour le petit écran ces ingratitudes claustrophobes que la routine dépose à domicile, le cinéma s’est déjà prêté au jeu. Sans remonter loin : The Hours. Mrs Dalloway arrange un bouquet dans sa cuisine et ses sanglots sous-verre ne tardent pas à éclore.

Au masculin, Sam Mendes parle aussi à sa façon de ces féminités écorchées. Du fin fond d’un évier briqué, il remet le couvert avec ses Noces Rebelles et repeuple le pavillon d’American Beauty. Seulement, au lieu de surcharger sa mise en scène d’échappées oniriques, il reste quotidien. En vidant l’espace des encombres du montage, en jouant sur la complicité hors-pair du couple vedette, en travaillant sur le contrepoint sonore, en enrobant le tout d’effusions efficaces, la tragédie s’invite doucement, sobrement. Une cafetière qui s’agite trop bruyamment, une main nerveuse qui pelle une pomme de terre, un œuf brouillé choisi le matin, une serviette étalée sur le sol d’une salle de bain sont autant d’indices d’une perte de soi. Kate Winslet la porte avec fougue et péril. A cela s’ajoute une dérobade feutrée que toute bienséance exige de la tragédie.

Sam Mendes sait définitivement jouer avec le genre. Les Noces Rebelles son maîtrisées, sans le classicisme facile que certains lui reprochent, sans la notoriété acquise de son casting. A aucun moment, le fantôme de Titanic ne plane sur ce film, si ce n’est, les analogies qu’on veut injustement lui arracher.

Jeune journal qui s’impose…

Mots-clé :

stardust_memories

Après quelques rendez-vous manqués, Stardust revient. Poursuivant la cinéphilie cultivée depuis 2005 par les étudiants fondateurs, il persévère : liberté de ton, nouvelles plumes, jeunesse oblige.

Se posent à nous les problèmes d’un système, de ses impasses comme de ses changements possibles. Faire trembler, bouger les lignes. L’écrit est la meilleure des chirurgies pour le cinéma français, l’Histoire l’a prouvé. Cependant, Darwin le confirmera, nous ne descendons pas de la Nouvelle Vague, et répéter ce qui a été fait sans prendre en compte le passage du temps, serait une erreur.

Stardust n’est pas là pour véhiculer une pensée unique sur le cinéma. Trop de films, Trop de cinématographies accumulées, trop d’hybridations qui en creusent la polyvalence visuelle. Et, quand l’informatique devient le nœud coulant des images, la filature est peine perdue. Une image en chasse une autre, une configuration neuve est vite reprise, vulgarisée, pulvérisée. Le temps et la modernité ont emporté avec eux le désordre de leurs propositions. Les bagages pèsent pour en entreprendre le tri et dégager l’horizon d’une cumulation dangereuse. Cela vaut pour les films, pour le monde. Nulle fatalité cependant. Tout revers à sa médaille.

Pas de vision unitaire donc, ni d’exhaustivité bien pensante, mais des virées critiques, des points de vue saillants, différents d’un rédacteur à l’autre, une bigarrure qui sied à notre temps. Chacun promène ses images à lui et sa sensibilité de spectateur/auteur. Etre convaincu et… contradictoire, sinon, pour tous, aimer profondément le cinéma.

Tout lecteur y trouvera son créneau, se laissera porter par la musique, modulable et libre, de nos rubriques.

Notre musique : se fondre dans le creux laissé par les vents opposés de la critique. D’un côté le marketing poussif du magazine de cinéma, de l’autre, son retranchement dans un lectorat électif et une politique éculée. Bref, des deux bords, des rédacteurs habitués, qui perpétuent un exercice, sans en briser le confort. Houle tranquille. Des vieux de la vieille.

Si la jeunesse a aussi son mot à dire, douce France, chère pays qui l’occulte parfois si injustement, puisse-t-elle le faire dans ces lignes, puisse-t-elle, même à petite échelle, s’y mouvoir durablement et pourquoi pas, dans un proche avenir, exister parmi les autres et les auteurs. C’est le pari de Stardust, et s’il continue sa route encore, osons croire qu’il prendra son envol.

NB : Et n’oubliez pas la sortie en ce Mercredi de l’Enquête (The International), cruellement dans le vrai malgré ses douteux hasards. Retrouvez la critique sur www.stardust-memories.com

© 2009 Allons vers l’art. Tous droits réservés.

Ce blog est propulsé par Wordpress et Magatheme par Bryan Helmig.