
Il est là, alerte, chemise rouge au vent, hissant son violon au-dessus d’un désert slave : une giclée de vie sur une toile âpre, calcaire, immense.
Ivry Gitlis, c’est un peu ça : des gestes bouffants, la verve parfaite, le mot juste et tordant, la grimace torve des grands observateurs, un peu comme le roublard Ben Kingsley du Oliver Twist polanskien. Ivry n’arrête pas, mais que cherche-t-il, sinon la paix silencieuse qui bruit au fond de son enfance, dans la lumière blanche d’une oasis dépeuplée ?
La documentariste Sandra Joxe, aussi cinglante qu’un archer à la caméra, coupe, découpe dans la mémoire du violoniste, des coups de sang fabuleux. Entre enregistrements virtuoses, retour au pays, digressions habiles d’un sacré personnage, elle s’octroie au cadre une liberté visuelle à la mesure de l’homme qu’elle y emprisonne, consciente aussi, qu’un format d’une heure est trop peu donné à la mélodie d’une vie. Une vie qui n’est jamais finie, tant le recommencement, l’envolée, guette le plan qui va suivre.
Peut-on y voir un fourre tout sans gêne, ou une audace à encourager ? Lorsque Sandra Joxe, à la première du film, vous dit que la liberté à la télévision c’est plutôt l’exotisme, tel Ivry Gitlis dans une dernière révérence au silence, on saluera le geste.
