L’Autre Rive de Giorgo Ovashvili

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Il ne suffit pas de jouer à l’enfant pour émouvoir. Je me dresse ainsi contre une bande-annonce qui me parvient ces jours-ci. J’y vois des gosses qui se veulent touchants par le simple fait d’être gosses et de séduire le public au service d’un contenu qui se veut grave. Le cinéma français ne comprend pas que l’émotion transite ailleurs. Tant pis pour lui, il devrait regarder plus attentivement l’opacité troublante de ce gamin qui louche : Tedo, il s’appelle. A douze ans, à la recherche de son père, il regagne son pays natal, l’Abkhazie, quand la guerre sévit encore en Géorgie.

Ce n’est pas tant l’argument du fiston à l’abandon qui donne sa puissance au film mais son inscription dans un paysage trop vaste pour lui, sa rencontre avec des êtres porteurs de bonté ou de menaces, cette idée fixe marquée sur son visage. Présence nette, frontale, qui ne laisse rien filtrer, sinon le but qu’elle s’est donnée d’atteindre ; là chemine Tedo, face/profil, yeux serrés sur un rêve, démarche du fonceur ou de celui qui fait semblant de ne ni entendre ni parler pour échapper à la vigilance des autres. On pourrait dire de lui qu’il s’est trop tôt endurci, qu’il en a oublié sa fragilité d’enfant.

Que l’on se détrompe et c’est là que le réalisateur, Giorgo Ovashvili, trouve chez son petit acteur une grande justesse de jeu : un léger entrebâillement de la bouche et Tedo sourit pour la première fois à cette femme qui lui inspire confiance. Qu’un timide sourire soit à ce point un évènement, où chercher davantage la grâce que dans l’éclaircie d’un visage ?

Puis, la fragilité se creuse encore, jusqu’à la crise de larmes et l’élan désordonnée de la danse finale. La cuirasse se fend par endroit et le cinéaste a tenté, à l’image de ces espaces blessés, d’être attentif à la moindre fissure d’un personnage qui, à défaut d’être un enfant, ne joue jamais à l’être.

  • Auteur : Béa
  • Date : 10/05/2010
  • Rubrique : Musique
  • Commentaires : 1

Tété de passage au Krakatoa

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Une première partie laborieuse (quoi que son MySpace rend mieux que sur scène) fait bondir en quelques minutes le taux d’impatience de voir THE artiste. Ce n’était pourtant pas le cas d’Hocus Pocus au Krakatoa, où la première partie était d’une étonnante qualité. Bref, ajoutez à ça une absence de 4 ans de notre cher ami Tété : ses fans ont eu le mérite d’attendre.

Il faut dire qu’il nous l’a bien rendu. 21h30, trois silhouettes débarquent sur scène, dont une reconnaissable parmi toutes. Chapeau, lunettes, barbichette, et une manière de saluer qui lui est propre. Un choix de première chanson étonnant, « L’envie et le dédain », comme si le fait de l’avoir chanté des milliers de fois lui avait donné l’envie de s’en débarrasser. Des titres de son dernier album suivent, ponctués par les hymnes des précédents. 3 musiciens suffisent à égaler la puissance de ses albums : Tété est un guitariste hors pair qu’il est aujourd’hui rare de trouver dans la fameuse variété française.

Cet enchaînement choisi de morceaux a permis de mettre en lumière sa fidélité auprès de son public par un talent qui ne trompe pas, un univers bien particulier qu’il est difficile de percer mais qui ne nous lâche plus une fois que l’on s’est accroché. Son succès aurait pu le diriger vers des chemins commerciaux, mais toujours contrés par un profond respect pour la musique, la culture et le voyage (tournées en Chine, aux Etats-Unis, où il a d’ailleurs enregistré ce dernier album).

La distance est un des éléments clés de Tété, à qui l’on souhaite du succès ad libitum

Cannes, au dépaysement de son président

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Est-ce qu’un laquais intrépide mènerait au bal quelques comédiennes en fleurs et au sommet des marches, rougies par le soleil de la côté, leur crierait : « Z’êtes au’rtard, terriblement au’rtard… ».

Au pays imaginaire cannois, de fraîches comme de plus très jeunes Alices, avec ou sans chapelier à leur bras, figurent toujours la première image des cérémonies. Vient ensuite le tapis rouges puis les crépitements accompagnateurs. Puis les récompenses. Mais au départ, il y a quand même les films, ne l’oublions pas.

Parmi les nominés, trois français dont deux acteurs/réalisateurs : Xavier Beauvois et Matthieu Amalric. L’anglais Mike Leigh, quant à lui, revient après Vera Drake avec Another Year, fidèle à sa touche socio-anglophile et aux comédiens qui l’accompagnent.

De l’autre côté de l’Europe, Les Etats-Unis seront surtout représentés par Doug Liman. Après le très réussi La mémoire dans la peau, il s’attaque avec Fair Game à une mémoire beaucoup plus contemporaine et délicate ; l’affaire Valérie Palme Wilson sous le gouvernement Bush. Au casting, pour la troisième fois ensemble, Sean Penn et Naomi Watts. Le Mexicain Inarrittu, qui avait dirigé les deux comédiens sur 21 grammes concoure également cette année avec Biutiful.

Quant à l’Asie, rien moins que les noms de Im Sang-Soo, Lee Cang-Dong et Takeshi Kitano, actuel locataire de la Fondation Cartier.

Le plus attendu reste encore un habitué de la Croisette, le cinéaste Iranien Abbas Kiarostami, et à ses côtés, une autre habituée, peut-être la vraie Alice du lot, Miss Juliette Binoche. Mais l’ouverture de la compétition sera au diapason d’un autre Disney : Robin Hood.

Enfin de ce bal annuel, Monsieur le président Tim Burton pourrait se sentir bien seul sans sa compagne et son Johnny dans la troupe toujours éclectique du jury. Qu’à cela ne tienne, sa fantaisie rêveuse aura raison des pronostics d’usage. A vos paris !

  • Auteur : Yuna
  • Date : 28/03/2010
  • Rubrique : Musique
  • Commentaires : 1

Soutenez la production du premier album de Madi Jaggae

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Madi Jaggae

Si vous avez suivi de près ou de loin l’émission Nouvelle Star (M6) ces deux dernières années, vous vous souviendrez certainement de Mahdi.

En 2008, j’avais été séduite par cet ovni venu interpréter du Tool a capella (puis du Boubacar Traoré… quand même) et j’avais lâché l’émission quand il avait annoncé son abandon une semaine plus tard, lors de l’étape du théâtre. Alors, quand j’ai aperçu ce visage familier lors des auditions 2009, quelle n’a pas été ma joie ! J’ai suivi de près l’évolution de cet artiste qui avait tout pour aller loin… mais la production n’était apparemment pas du même avis.

Qu’à cela ne tienne, Mahdi est un battant : il y a deux jours, j’ai reçu un message sur MySpace qui annonçait son inscription sur le site du label participatif MyMajorCompany. C’est ici, et vous pouvez y écouter quatre de ses compositions, dire ce que vous en pensez, en parler autour de vous et surtout… le soutenir ! L’objectif est de rassembler 100 000 euros, mais déjà à partir de 500 producteurs (à 10 euros la participation minimum) il bénéficierait d’une mise en avant sur le site. A vous de jouer !

Shutter Island, l’île aux images

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Toute image a son mirage : passé (souvenir), pas encore là (avenir) ou pas vraiment là (avatar). Dans ce tournoiement visuel porté par le cumul des époques, par l’invasion des écrans, les regards n’auraient presque pour repères qu’hallucinations permanentes. Ce mille-feuille de la vision, Martin Scorsese le démonte sans garde fou dans Shutter Island. Son îlot est plein des coffres de sa cinéphilie, mais aussi des péripéties schizophrènes de son personnage. Au terminus, le spectateur est repu, il ne lui reste plus qu’à rêver, supputer, élaborer ses propres images.

S’il est cinéphile, il partira à la chasse aux références. De l’âge d’or hollywoodien aux vertiges hitchcockiens en passant par les dissonances kubrickiennes, la nouvelle vague française, jusqu’aux récents films d’horreurs, les citations abondent, s’enchaînent, s’intercalent avec réflexion, rythme et virtuosité. Scorsese connaît son outil et mobilise ses classiques avec la gourmandise d’un enfant du cinéma.

Mais ce qui est intéressant à prendre en compte dans cette cueillette aux images revisitées, c’est le point de vue complètement nu du non cinéphile. Sans regard critique, sans références anticipatoires, sans le tournoiement visuel de l’érudit, que lui reste-t-il à voir ? Eh bien, le même casse-tête imagier que le cinéphile qui guette la citation, mais seulement du point de vue de l’intrigue, et surtout du personnage.

Apologie des reprises, discours sur l’impossibilité de contourner les références, d’abolir la vision éclatée d’aujourd’hui, le dernier Scorsese ne se mord cependant pas la queue. Prenons ce plan de fin : un tapis de mer, un phare qui s’élève, finesse et clarté du trait, verticalité sur horizontalité. Mathématique. Propre. Tout ça pour ça. Le chaos d’images se clôt ainsi, la vision du héros a repris ses droits sur un paysage aussi convenu qu’une carte-postale. Le twist scorsesien a l’art d’apaiser la vision et nous laisse alors, défaits de tous ces méandres, avec cette seule image d’une collaboration féconde entre un cinéaste et un comédien.

  • Auteur : Yuna
  • Date : 19/02/2010
  • Rubrique : Musique
  • Commentaires : 8

Le groupe Volo en interview à Bordeaux

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Jeudi dernier (le 11 février), les frères Volovitch nous ont accueillis dans leur loge de la Rock School Barbey avant leur concert bordelais. C’était l’occasion pour nous de réaliser une interview “Les internautes ont la parole” à partir de commentaires relevés sur Internet. Les deux frangins se sont gentiment pris au jeu et ont même interprété un de leurs titres en acoustique !

(re)Découvrez donc Volo dans cette vidéo :

Dexter élargit son public

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Depuis quelques temps, vous avez certainement croisé le visage angélique d’un certain Michael C. Hall sur les panneaux d’affichage de votre ville, et ceci pour une bonne raison : la nouvelle saison de Dexter débarque sur Canal +.

Mais si la publicité expose le personnage avec un bébé sur les épaules, les spectateurs de TF1 vont découvrir le héros bien avant sa paternité : la chaîne privée va diffuser la première saison de la série à partir du 15 février 2010.

Mais qui est Dexter ? Nom de famille : Morgan. Profession n°1 : expert scientifique du service médico-légal de la police de Miami. Profession n°2 : tueur en série… mais pas n’importe lequel. Cet amoureux du sang se veut être un justicier en ôtant la vie des autres tueurs en série.

Avec une profonde réflexion sur l’enfance, la solitude, la famille et le secret, cette série américaine met en scène des acteurs charismatiques autour de scénarios surprenants de saisons en saisons.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les Golden Globes 2010 ont remis le prix du meilleur acteur dans une série dramatique à Michael C. Hall, qui arborait un bonnet noir pour cacher le traitement de son cancer du système lymphatique. Mais aucun souci à se faire pour l’avenir de la série, la saison 5 est en route !

Margaux Motin vous donne rendez-vous

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C’est l’histoire d’une “illustratrice qui blogue” (et non le contraire) qui fait rire quotidiennement ses fidèles lecteurs par des anecdotes tirées de sa vie personnelle. Son succès est tel qu’elle décide un jour de publier un ouvrage chez un éditeur, intitulé “J’aurais adoré être ethnologue”. Elle ne l’est pas devenu, pour notre plus grand bonheur : ce livre est juste une petite merveille remplie d’humour et d’énergie, où vous vous reconnaîtrez forcément une fois. Par “vous”, j’entends les filles, les garçons, les parents, les enfants. En effet, les petits récits illustrés de Margaux Motin mettent en scène son compagnon, sa fille, ses copines, ses parents, ses grands-parents…

Pour couronner le tout, l’artiste nous donne rendez-vous avec Pacco dans plusieurs Fnac pour une séance de dédicace, dont les prochaines séances sont :

- le Mercredi 17 février à Lyon, Fnac Bellecour à 16h
- le Vendredi 26 février à Bordeaux, Fnac à 15h (j’y serai !)
- le Mercredi 3 mars à Lille, Fnac à 16h
- le Vendredi 5 mars à Brest, Fnac à 14h30
- le Mercredi 10 mars à Paris, Fnac Italie 2 à 15h30

Son blog, c’est ici. Pour acheter son livre, c’est ici. Enjoy !

Serpentine, le premier album d’Okou

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Okou, c’est le duo composé de la chanteuse Tatiana Heintz et du guitariste Gilbert Trefzger. Partons seulement trois ans en arrière : ils se rencontrent dans un bar parisien où une complicité musicale s’installe immédiatement entre eux. Mais elle vit à Paris, lui à Berlin. Le temps passe, les chansons prennent vie au gré des voyages pour se retrouver et des échanges par mail pour partager les idées naissantes.

C’est donc un parcours sinueux que traversent les deux acolytes pour concevoir leur album plus ou moins à distance, qu’ils baptiseront naturellement “Serpentine“. Une voix magnifique, beaucoup de banjo et de guitare… l’opus lie world, folk et pop. Au final, on n’a pas tellement envie de le définir car à l’image de la collaboration sans frontière, il mélange les genres et les langues sans se fixer et c’est cela qui fait son charme. Leur musique coule toute seule dans nos oreilles.

Vous avez peut-être eu l’occasion d’entendre leur single “To The Bone” qui a tout pour connaître le succès. C’est ce titre qui m’a fait découvrir le duo, lorsque je suis tombée au hasard sur cette vidéo :

Bright Star de Jane Campion

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“A think of beauty is a joy for ever”, John Keats.

Ne pas être au bord des choses, mais dedans. S’y dissoudre au point d’en retirer ce qui nous pousse à créer et vivre au-delà de biens des frontières : maladie, deuil, séparation, privilèges de la fortune… Rien n’est moins sûr qu’un éclat de temps attrapé, la façon dont il nous émeut, dont on le transmet aux autres afin qu’il perdure.

Tel est l’engagement de la poésie romantique, que Jane Campion a très bien su « ressentir » à travers son propre objet. Son film s’installe dans les choses, êtres, nature, mots. La caméra n’est jamais prisonnière de la distance qu’imposent la reconstitution d’une époque et les enjeux d’un scénario.

Le milieu artistique, les coutumes et les costumes, tout n’est qu’effleurement, tableau romantique pour petit à petit pénétrer – avec regard, touché et cœur délicats – là où le poète est en accord avec ses sens.

Le duo formé par John Keats et Fanny Brawn est une véritable exploration de l’amour. Rien des formes balisées de la passion physique. Juste équilibre entre cachoteries torturées et séparations dramatisées. Tout comme Keats, qui prend le partie de glorifier l’automne quand ses contemporains se désolent à la moindre feuille qui tombe, Jane Campion outrepasse la galanterie prévisible. Elle nous entraîne simplement, gestes après gestes, promenades après promenades, de l’évincement à la fusion amoureuse. Défaits des codes sentimentaux à pister, nous expérimentons ce rapprochement, y adhérons, sans garde-fous. La poésie y aide aussi, beaucoup.

Ces quelques poèmes mis en voix, sans par cœur maîtrisé mais plutôt guidés par le tâtonnement d’un langage, d’un instant partagé, restent l’expérience la plus désespérée et la plus envoûtante que le cinéma ait été donné de « faire entendre ».

Date de sortie : 6 janvier 2010

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